RDC: Et si c’était le moment pour Fayulu et Félix de s’unir pour barrer la route à Joseph Kabila ?

La RDC traverse une période tumultueuse, marquée par des tensions politiques et militaires. La création du Front pour la restauration de la nation (FRN), à sa tête Joseph Kabila, vient rebattre les cartes dans les rapports de force politiques en République démocratique du Congo. Alors qu’une partie importante de la classe politique, issue de la majorité comme de l’opposition, condamne les velléités insurrectionnelles présentées par l’ancien président, plusieurs observateurs redoutent des scénarios rappelant les bouleversements de 1997. Face à cette tempête qui menace la stabilité des institutions et l’intégrité territoriale du pays, la rédaction d’Elitepresse se pose une question : et si Félix Tshisekedi et Martin Fayulu s’unissaient pour faire barrage au rebelle  Joseph Kabila ?

Ce rapprochement, qui peut paraître improbable au regard de leurs divergences politiques, pourrait constituer une piste à explorer pour préserver la République. Il ne s’agirait pas nécessairement de sceller une alliance politique classique, encore moins d’effacer les différends qui les opposent, mais de trouver un terrain d’entente autour d’un impératif supérieur : la défense de la patrie.

Toutefois, une telle démarche ne saurait se limiter à la désignation d’un adversaire commun. Elle devrait reposer sur des engagements sincères, des garanties démocratiques et une volonté réelle de placer l’intérêt national au-dessus des ambitions personnelles. Car, au-delà des calculs politiques, c’est l’avenir de la RDC qui est en jeu.

Une rivalité politique, mais un amour pour la patrie

Félix Tshisekedi et Martin Fayulu ont des approches différentes de la gestion de la chose publique. Le second continue de contester les résultats de l’élection présidentielle de 2018, dont il estime avoir été le véritable vainqueur. Malgré ce contentieux politique, les deux hommes pourraient trouver un terrain d’entente sur un point essentiel : l’amour de la patrie et la nécessité de préserver l’intégrité territoriale de la RDC.

Depuis plusieurs années, Martin Fayulu plaide pour la tenue d’un dialogue politique inclusif entre les acteurs congolais, estimant qu’une solution politique est indispensable pour éviter que le pays ne s’enfonce davantage dans la crise. Cette démarche, défendue notamment par la plateforme C64, soulève toutefois une question délicate : comment parvenir à un dialogue inclusif sans donner l’impression de légitimer la prise d’armes contre la République ?

La participation éventuelle des acteurs impliqués dans le conflit, notamment l’AFC/M23 et Joseph Kabila, demeure un sujet sensible. Mais rechercher une issue politique à une crise ne signifie pas nécessairement renoncer aux principes républicains. Le dialogue ne devrait ni effacer les responsabilités ni consacrer la violence comme un moyen légitime d’accéder au pouvoir.

Martin Fayulu a d’ailleurs toujours défendu, dans ses prises de position publiques, la voie démocratique face aux revendications politiques. Lors d’une intervention devant le Parlement des étudiants, il a déclaré :« Moi, Fayulu, j’aurais pu prendre les armes parce qu’on m’a volé la victoire en 2018, mais je ne l’ai pas fait. » Fin de citation

Pour Martin Fayulu, le choix affiché a été celui de la lutte démocratique. Dès lors, malgré les différends qui les opposent, Félix Tshisekedi et Martin Fayulu pourraient s’accorder sur un principe : aucune ambition politique ne devrait justifier la remise en cause de l’intégrité territoriale du pays par les armes. 

Au regard de sa constance politique, qui contraste avec la transhumance observée chez certains acteurs de la classe politique congolaise, Martin Fayulu dispose d’un capital de crédibilité qui pourrait peser dans la balance. Depuis la présidentielle de 2018, l’opposant s’est maintenu à distance du pouvoir de Félix Tshisekedi, sans avoir, à notre connaissance, collaboré avec celui-ci ni pris les armes. Ce parcours peut constituer un argument de poids auprès d’une partie de l’opinion publique congolaise. Dans l’hypothèse d’une mobilisation nationale contre la rébellion, cette crédibilité pourrait devenir un atout pour rallier une frange de l’opposition et renforcer la portée d’une éventuelle démarche commune.

Par ailleurs, cette alliance, aussi souhaitable puisse-t-elle paraître, pourrait se heurter à plusieurs obstacles, notamment les blessures politiques du passé et le déficit de confiance entre les acteurs.

Le scepticisme sur la sincérité de Félix

S’il y a un aspect que certains acteurs politiques reprochent à Félix Tshisekedi, c’est la fragilité des engagements politiques et la capacité des alliances à évoluer au gré des rapports de force.

L’épisode du processus de Genève, en 2018, demeure révélateur des difficultés qui ont marqué les relations au sein de l’opposition. À l’époque, Félix Tshisekedi, alors opposant, s’était retiré de l’accord portant désignation de Martin Fayulu comme candidat commun de l’opposition à l’élection présidentielle. Ce revirement, intervenu dans un contexte de fortes tensions politiques, a contribué à alimenter la méfiance entre les protagonistes. À cela s’ajoutent les controverses qui ont entouré plusieurs arrangements politiques conclus au fil des années, notamment entre Félix Tshisekedi et Vital Kamerhe. Ces expériences ont nourri, chez certains observateurs, des interrogations sur la solidité des engagements pris par les acteurs politiques.

Dans ces conditions, comment Martin Fayulu pourrait-il envisager sereinement une alliance avec Félix Tshisekedi sans garanties crédibles quant au respect des engagements convenus ? L’homme de l’ECiDé pourrait craindre qu’un rapprochement motivé par l’urgence sécuritaire ne serve, à terme, que les intérêts du pouvoir en place. Cette méfiance ne peut être balayée d’un revers de la main. Elle fait partie des réalités politiques dont il faudrait tenir compte pour construire une éventuelle convergence.

Toutefois, le poids du passé ne devrait pas condamner toute possibilité de rapprochement. Lorsque l’avenir d’une nation est en jeu, les acteurs politiques doivent pouvoir dépasser leurs rancœurs, à condition que les engagements pris soient clairs, vérifiables et respectés.

Félix Tshisekedi devrait donc démontrer que la défense de la République dépasse la préservation de son pouvoir. Martin Fayulu, de son côté, devrait pouvoir évaluer la possibilité d’une coopération sans renoncer à ses convictions ni à son exigence de vérité, l’intangibilité de la Constitution et sur le prochain processus électoral. 

S’il faut sauver les 2 345 410 km² du territoire congolais, les honneurs personnels et les calculs partisans doivent céder la place à la responsabilité républicaine. Mais cette responsabilité ne saurait justifier une confiance aveugle : elle exige des actes concrets.

La place des autres leaders de l’opposition

La situation que traverse le pays exige un sursaut patriotique. Le danger qui guette la RDC appelle les Congolais à se mobiliser pour défendre l’unité nationale et l’intégrité territoriale. Mais cette mobilisation ne peut être l’affaire de deux personnalités politiques seulement.

Si Félix Tshisekedi et Martin Fayulu parvenaient à dépasser leurs divergences, leur rapprochement devrait ouvrir la voie à une concertation plus large, impliquant les autres leaders de l’opposition républicaine, les organisations de la société civile et les forces citoyennes.

Les opposants qui privilégient la lutte démocratique ont le devoir de défendre le pays contre toute agression. Mais ils ont également le droit de critiquer les décisions du gouvernement et de demander des comptes aux dirigeants. Être opposant ne signifie pas être contre la République, tout comme être au pouvoir ne signifie pas incarner, à soi seul, l’intérêt national. Cette distinction est fondamentale.

Les autorités établies doivent, de leur côté, mobiliser les moyens humains, techniques, financiers et militaires nécessaires à la défense du territoire. Elles doivent également poursuivre les efforts diplomatiques et politiques susceptibles de favoriser une paix durable.

Cependant, la crise sécuritaire ne saurait justifier un abandon des principes démocratiques. Défendre les institutions ne signifie pas accorder un blanc-seing aux dirigeants. La responsabilité politique, le respect des libertés fondamentales et la transparence dans la gestion des affaires publiques doivent demeurer des exigences permanentes.

Il faut noter que toute alliance devrait s’inscrire dans une perspective démocratique claire. Il ne servirait à rien de s’unir contre un adversaire si cette union devait, par la suite, reproduire les mêmes pratiques que celles que les acteurs prétendent combattre.

La jeunesse congolaise maîtresse de son avenir

Au-delà d’une problématique politique, le scénario de 1997 rappelle l’importance des rapports entre les acteurs militaires, les dirigeants politiques et la population. L’Alliance des forces démocratiques pour la libération du Congo (AFDL) avait alors bénéficié d’un contexte particulier, marqué notamment par le rejet du régime de Mobutu par une partie de la population.

Aujourd’hui, le contexte est différent. La jeunesse congolaise grandit dans un environnement où les médias, les réseaux sociaux et les espaces de débat lui permettent de confronter les discours politiques, de questionner les dirigeants et de revendiquer une participation plus active à la vie nationale.

Progressivement, une partie de cette jeunesse cherche à se libérer de l’emprise des calculs partisans. Elle ne veut plus simplement applaudir ou condamner en fonction des appartenances politiques. Elle veut comprendre, analyser et proposer. Cette évolution est une opportunité pour la démocratie congolaise. Mais elle représente également une responsabilité.

La jeunesse ne doit pas se laisser enfermer dans le choix entre la majorité et l’opposition. Elle doit être capable d’évaluer les décisions politiques à partir de principes constants : la défense de la République, le respect des institutions, la démocratie, la paix et l’intégrité territoriale.

La jeunesse congolaise doit donc se positionner du bon côté de l’histoire : non pas du côté de la majorité, encore moins de celui de l’opposition, mais du côté des principes républicains.

Comme le souligne Gustave Kakala, communicant et chercheur en communications sociales, l’engagement des jeunes devrait s’inscrire dans une posture pro-républicaine, guidée par l’intérêt supérieur de la nation plutôt que par les intérêts des acteurs politiques.

Honorer le serment de Laurent Désiré Kabila 

Dans cette perspective, une formule demeure particulièrement évocatrice dans l’histoire politique congolaise : « Ne jamais trahir le Congo », un engagement de Laurent Désiré Kabila,  ex président de la RDC et symbole du patriotisme national.

Cette déclaration ne devrait pas être un simple slogan brandi au gré des circonstances. Elle devrait constituer un véritable credo pour tous les Congolais, particulièrement pour les dirigeants politiques, les acteurs de la société civile et la jeunesse.

Ne jamais trahir le Congo, c’est défendre son intégrité territoriale, refuser l’instrumentalisation de la population, exiger des comptes aux dirigeants et ne jamais sacrifier l’intérêt général sur l’autel des ambitions personnelles.

C’est aussi comprendre que la République est plus grande que les hommes et les femmes qui la dirigent.

La Rédaction

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