Par Steve Wembi
Alors que Félix Tshisekedi poursuit ses consultations en vue d’un dialogue national, les lignes commencent déjà à bouger au sein de l’opposition congolaise. Entre gestes d’ouverture du pouvoir, rapprochements discrets et divergences autour de la participation au futur dialogue, le camp opposé au président de la République apparaît de plus en plus partagé.
Le 17 juillet 2026, lors d’une audience accordée à une délégation représentant les confessions religieuses, Félix Tshisekedi avait annoncé son intention d’organiser un dialogue national pour tenter de trouver une issue à la crise politique et sécuritaire qui secoue la République démocratique du Congo depuis plusieurs années.
À ce stade, aucune date, aucun lieu ni aucune liste officielle des participants n’ont encore été dévoiqués. Mais dans les coulisses, les tractations ont déjà commencé. Plusieurs acteurs politiques et de la société civile cherchent à se positionner, chacun voulant peser sur les discussions et les éventuelles décisions qui en découleront.
Tshisekedi multiplie les gestes d’ouverture
Sans avoir officiellement répondu à toutes les revendications de l’opposition, le pouvoir multiplie les signaux d’apaisement.
La délivrance de passeports à certains opposants vivant à l’étranger, la libération de prisonniers liés à l’AFC/M23 ou encore la mise à la disposition de la justice de plusieurs responsables du PPRD, parmi lesquels Aubin Minaku et Emmanuel Shadary, sont perçues comme autant de mesures susceptibles de contribuer à une décrispation politique.
Mais au-delà de ces gestes, une stratégie semble se dessiner : Félix Tshisekedi entend reprendre l’initiative politique et imposer progressivement le rythme du processus.
Après plusieurs mois de pressions, d’avertissements et d’ultimatums venant de l’opposition, le chef de l’État semble désormais décidé à ne plus lui laisser le monopole de l’agenda politique.
La C64 face à un nouveau rapport de force
La Coalition de l’article 64, qui réunit notamment Moïse Katumbi, Matata Ponyo, Martin Fayulu, Delly Sesanga et Jean-Marc Kabund, avait pourtant réussi à créer une dynamique de mobilisation contre le pouvoir.
La plateforme avait notamment contribué à faire monter la pression dans la rue autour du projet de modification de la Constitution. Cette mobilisation avait constitué un avertissement politique pour le régime.
Mais depuis, la stratégie du pouvoir semble avoir évolué. En privilégiant les consultations et la diplomatie politique, Félix Tshisekedi paraît chercher à fissurer progressivement cette dynamique.
Selon des informations recueillies auprès de sources proches du dossier, plusieurs membres de la C64 auraient été approchés par des dignitaires du régime et auraient donné leur accord de principe à l’idée d’un dialogue.
Une source haut placée au sein de la coalition résume cette situation : « Nous avons fait la journée ville morte pour demander à Félix Tshisekedi de lancer un dialogue. Il a déjà répondu à cette demande, en associant même les Églises catholique et autres confessions religieuses. »
Cette déclaration illustre l’ambiguïté du moment. L’opposition réclamait un dialogue, mais le pouvoir semble désormais vouloir en déterminer les contours, les participants et le calendrier.
Une bataille pour le contrôle de l’agenda
Derrière l’annonce du dialogue se joue donc une bataille politique beaucoup plus importante.
Félix Tshisekedi cherche à construire un nouveau rapport de force en réunissant autour du processus une partie de l’opposition, les confessions religieuses ainsi que plusieurs leaders communautaires.
L’enjeu dépasse ainsi la simple recherche d’un compromis institutionnel. Le futur dialogue pourrait devenir un espace de recomposition politique, avec en toile de fond la volonté du pouvoir de consolider sa position face à Joseph Kabila, son prédécesseur, mais aussi face à l’AFC/M23, qui contrôle de vastes territoires dans l’Est de la RDC.
Dans ce contexte, la participation de l’opposition constitue un enjeu majeur. Accepter de dialoguer pourrait permettre à certains acteurs de peser directement sur les décisions à venir. Mais participer à un processus dont les contours seraient largement définis par le pouvoir comporte également le risque de perdre une partie de leur capacité de pression.
Une opposition à la croisée des chemins
La principale inconnue reste donc la capacité de l’opposition à maintenir une position commune.
Alors que certains pourraient considérer le dialogue comme une opportunité de faire avancer leurs revendications, d’autres pourraient y voir une manœuvre destinée à diviser davantage leurs rangs et à permettre au pouvoir de reprendre le contrôle de l’agenda politique.
La question n’est désormais plus seulement de savoir s’il faut dialoguer, mais aussi avec qui, sur quelles bases et avec quel rapport de force.
Pour l’heure, Félix Tshisekedi semble avoir pris une longueur d’avance. En répondant à une revendication portée depuis plusieurs mois par une partie de l’opposition, il transforme progressivement le dialogue en initiative présidentielle.
L’opposition pourrait ainsi se retrouver face à un paradoxe : en réclamant le dialogue, elle a contribué à créer les conditions politiques permettant au pouvoir d’en prendre l’initiative et, potentiellement, d’en contrôler le calendrier, les participants et l’agenda.