À Kinshasa, la campagne de vaccination contre la poliomyélite, la rougeole et la rubéole fait face à une résistance préoccupante. Alimentée par des rumeurs persistantes, cette défiance fragilise la couverture vaccinale et favorise la circulation des virus.
Selon Lydia Bukasa, épidémiologiste et point focal rougeole-rubéole dans la province de Kinshasa, cette situation constitue un véritable risque de santé publique. « La baisse de la couverture vaccinale maintient la circulation des virus, notamment dans des provinces comme l’Équateur et la Tshopo, où des cas de poliomyélite ont déjà réapparu », alerte-t-elle dans une interview accordée à Elitepresse.
Des rumeurs persistantes à l’origine de la méfiance
À l’origine de cette méfiance, plusieurs rumeurs largement relayées au sein de la population : les vaccins rendraient les filles stériles, provoqueraient la paralysie ou feraient partie d’un complot visant à réduire la population africaine. À ces idées s’ajoutent la banalisation des maladies ciblées et certains discours religieux hostiles à la vaccination.
Sur le terrain, ces croyances ont des conséquences directes. Certaines familles cachent leurs enfants lors du passage des équipes de vaccination en porte-à-porte, tandis que d’autres préfèrent attendre d’éventuels effets secondaires chez les enfants voisins avant de se décider. « Un simple effet indésirable bénin, mal expliqué, peut suffire à interrompre la vaccination dans tout un quartier », souligne Lydia Bukasa.
Des risques sanitaires bien réels
Les enfants non vaccinés sont exposés à des maladies graves telles que la pneumonie, la diarrhée sévère, l’encéphalite, la cécité ou encore le décès. La poliomyélite peut, quant à elle, entraîner une paralysie irréversible, le plus souvent des membres inférieurs.
Cette campagne s’inscrit dans le cadre de la 16ᵉ édition de la Semaine africaine de la vaccination, a été lancée par le ministre de la Santé, Roger Kamba. Elle cible les enfants de 0 à 59 mois pour le vaccin antipoliomyélitique oral et ceux de 6 mois à 14 ans pour le vaccin contre la rougeole et la rubéole. Au total, 35 zones de santé, réparties dans 11 provinces prioritaires, sont concernées.
Des stratégies pour restaurer la confiance
Face à ces défis, les autorités sanitaires misent sur des stratégies de proximité pour restaurer la confiance. Il s’agit notamment d’impliquer les mamans leaders, de mieux expliquer les effets indésirables afin d’éviter la panique, d’organiser la vaccination dans les écoles et les églises, et de renforcer la sensibilisation à travers les radios communautaires.
« L’objectif est d’atteindre au moins 95 % de couverture vaccinale pour la rougeole-rubéole afin de stopper les flambées, éradiquer la polio et éliminer la rubéole congénitale », insiste l’épidémiologiste.
Au-delà des enjeux sanitaires, cette situation révèle une crise de confiance persistante entre les autorités et une partie de la population. Dans un contexte où la désinformation circule aussi rapidement que les virus, le succès de la campagne dépend autant de la disponibilité des vaccins que de la capacité à convaincre.
La Rédaction