8 MARS EN RDC : Entre défilés de pagnes et oubli des droits, où va la femme congolaise ?

Le 8 mars dernier, l’ambiance était à la fête. Dans toutes les communes de Kinshasa et de l’intérieur du pays, le spectacle était le même, des milliers de femmes vêtues de leurs plus beaux pagnes, chantant et dansant pour célébrer « leur » journée. 

Mais une fois que la musique s’arrête et que les pagnes sont rangés, que reste-t-il vraiment de ce combat ?

L’illusion de la fête face au vide juridique

Derrière les sourires de circonstance, les chiffres publiés par l’ONU Femmes (voir infographie ci-dessous) agissent comme une douche froide. À l’échelle mondiale, 54 % des pays ne disposent toujours pas de définitions du viol fondées sur le consentement. En RDC, malgré des avancées législatives, la réalité du terrain est celle d’une culture de l’impunité.

​Combien, parmi ces femmes en fête, militent réellement pour leurs droits au quotidien ? Si 87 % des pays ont adopté des lois contre la violence domestique, ces textes restent souvent lettre morte dans les tribunaux congolais, étouffés par la stigmatisation et la corruption. Le viol, utilisé comme arme de guerre dans l’Est du pays, a vu ses signalements bondir de 87 % en deux ans. Face à ce désastre, le pagne semble bien léger pour protéger les corps.

La jeunesse congolaise : entre « likes » et oubli de soi

Le fossé le plus inquiétant se creuse peut-être au sein de la nouvelle génération. Alors que la technologie évolue plus vite que la régulation, la jeunesse féminine congolaise semble prise au piège d’un paradoxe numérique.

​Là où l’on attendrait une armée d’influenceuses mettant en avant leur intelligence, leurs compétences techniques ou leur leadership, les réseaux sociaux (TikTok et Instagram en tête) pullulent de contenus où l’exposition des atouts physiques et de la nudité prime sur l’intellect. Cette quête effrénée de validation numérique nourrit une violence croissante.

Le cyberharcèlement et la prédation sexuelle en ligne font des ravages, dans un climat d’impunité totale pour les auteurs.

​« Il est temps d’apprendre à nos jeunes sœurs à se respecter pour imposer le respect par la dignité et la compétence », confie une militante de la société civile sous couvert d’anonymat. « Si nous ne montrons que notre corps, le monde oubliera que nous avons un cerveau et des droits. », enchérit’elle.

Le plafond de verre des sphères de décision et de direction

Le constat est tout aussi amer dans le monde professionnel. Si quelques figures de proue émergent, combien de femmes osent réellement briguer des postes de gestion et/ou de direction ?

  • Dans les entreprises : 

Combien de femmes osent postuler pour devenir directrices ?

  • Dans la justice : 

Combien se battent pour devenir de grandes avocates ou magistrates et défendre les opprimées ?

  • Dans la politique : 

Pourquoi sont-elles encore si peu nombreuses là où les lois se décident ?

Le rapport du Secrétaire général de l’ONU est formel : les normes sociales discriminatoires , culpabilisation des victimes, poids des traditions, continuent de freiner l’accès des femmes à la justice et aux responsabilités.

​En RDC, le combat pour l’égalité ne manque pas de lois, il manque d’actrices déterminées à occuper l’espace public non pas par l’apparat, mais par la compétence.

L’urgence de l’action

À l’occasion de cette Journée internationale 2026, placée sous le thème « *Droits. Justice. Action.* pour TOUTES les femmes et les filles », l’appel d’ONU Femmes doit résonner comme un électrochoc. 

Mettre fin à l’impunité ne se fera pas dans les défilés de mode, mais dans les prétoires, les salles de classe et sur les plateaux techniques.

​La femme congolaise ne doit plus seulement être la « gardienne du foyer » ou la « reine du pagne » ; elle doit devenir l’architecte de sa propre protection juridique. Le respect ne se demande pas, il s’arrache par l’excellence et la dignité. 

Il est grand temps que la jeunesse congolaise sorte de son « atrophie » intellectuel pour mener le combat qui déterminera son avenir, celui de l’égalité réelle, en droit comme en pratique.

Zabulon BOJI

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